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L'étranger

L'étranger

Faire un résumé du livre est difficile car l’histoire est a priori banale : ce qui fait la force de l’étranger est la manière dont s’est raconté, la vision du monde de Meursault.
L’histoire se passe en Algérie, à l’époque où le pays est encore une colonie française. Meursault vient de perdre sa mère et doit aller à son enterrement : après « cette formalité », il est invité par son voisin de palier, Raymond, à la plage. Ce dernier a violenté sa maitresse mauresque et craint des représailles. Meursault finit par croiser le jeune frère de la mauresque sur la plage : s’ensuit une bagarre où Meursault le tue …
Le lecteur se rendra vite compte du décalage qu’il existe entre Meursault l’étranger, et le monde qui l’entoure : décalage qui mènera fatalement le héros à sa mort….


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Biographie express

Né en 1913 en Algérie, d’un père dans les exploitations viticoles et d’une mère presque illettrée, il réussit à entrer dans le lycée d’Alger et obtient un diplôme d'études supérieures en Lettres. Il fonde un théâtre à Alger en 1935, écrit des romans dont le premier sort en 1937, s’engage politiquement, se positionnant par rapport à la guerre d’Algérie. L’étranger, qui a connu un vif succès à sa sortie, en 1942, le fera connaître du grand public. Il meurt en 1960 dans un accident de voiture.

Incipit

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile: « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. »Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.
L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit: « Ce n’est pas de ma faute. » Il n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.

Extraits

Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s'est ouverte, c'est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j'ai eue lorsque j'ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n'ai pas regardé du côté de Marie. Je n'en ai pas eu le temps parce que le président m'a dit dans une forme bizarre que j'aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français...


A ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d'une vie elle avait pris un «fiancé», pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine.

Ce que Nath's en a pensé

Je n’ai pas aimé ma première lecture du roman, qui m’a tellement choquée que je n’ai pas compris le message, le but… A la deuxième lecture, cependant, j’ai pu apprécier la qualité du texte, qui raconte une histoire semblant être banale analysé par une personne qui ne l’est point : Meursault, figure sans émotion, qui ne comprend ni ne veut pas respecter les règles édictés implicitement par la société, et qui en meurt.
Le livre, à haute doses philosophiques, revoit le thème de la justice, de l’absurde et de la mort Il réveille la part de Meursault caché en nous, celui qui nous invite à constamment poser un autre regard sur le monde…

Ce que Camus a dit de son livre…

J'ai résumé L'Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu'elle est très paradoxale : 'Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort.' Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société ou il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c'est pourquoi des lecteurs ont été tenté de le considérer comme une épave. Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. [...] ...On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans L'Étranger l'histoire d'un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Meursault pour moi n'est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d'ombres. Loin qu'il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tenace l'anime, la passion de l'absolu et de la vérité. Il m'est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j'avais essayé de figurer dans mon personnage le seul christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l'ai dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l'affection un peu ironique qu'un artiste a le droit d'éprouver à l'égard des personnages de sa création.

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